Un nouveau débat s'est, parait-il, engagé au
plus haut niveau sur l'opportunité de poursuivre ou non l'effort de rigueur !
Pour les uns, il s'agirait seulement d'ouvrir
un nouveau front qui détourne les médias de leur obsession "moralisatrice".
Pour les autres, de revenir sur ce qui aurait été la faute originelle du
quinquennat. Mais comment ne pas y voir pour tous l'occasion de céder à cette
vieille tentation d'aller toujours trop vite et
qui conduirait, au lieu de corriger efficacement une trajectoire,
d'ajouter l'erreur à l'erreur.
Le choix du redressement financier s'impose à
nous, qu'on le veuille ou non !
Pas seulement parce que l'Allemagne l'exige
ou parce que les marchés financiers s'en sont fait les contrôleurs vigilants.
Mais pour la simple raison qu'aucun pays ne peut accepter que sa dette
s'allonge et ses déficits se creusent en perdant par ailleurs emplois et
savoir-faire industriel ! L'équation est imparable : Baisse de
productivité+baisse de crédibilité=catastrophe assurée !
La seule vraie question est par conséquent
celle du dosage : l'effort de rigueur n'est soutenable que s'il ne sacrifie pas
l'investissement. C'est en cela qu'il est aujourd'hui critiquable et qu'il le
serait demain s'il devait être poursuivi en l'état.
Aussi, plutôt que de céder à la surenchère,
convient-il de réfléchir à la meilleure manière d'amorcer une correction de
notre politique qui redonne toutes ses chances à l'avenir !
La première recommandation devrait être
d'imposer une totale discrétion sur ce sujet aux membres du gouvernement (comme
aux Présidents de nos Assemblées). Leur déclaration a seulement pour effet de
décrédibiliser la politique qui est conduite tout en obligeant le Premier
ministre à dénoncer celle qui pourrait progressivement lui succéder.
L'on serait, en revanche, en droit d'attendre
de la gauche européenne qu'elle mène ce combat, et ceci d'autant plus qu'elle a
devant elle, pour se faire entendre, la perspective d'une importante échéance
électorale. A elle de construire, formuler, exprimer le projet qui rendrait
l'espoir aux peuples d'Europe... à la condition qu'elle ne cède pas à la
facilité.
La croissance que nous voulons retrouver doit
être fondée sur un nouveau modèle qui prendrait le développement durable pour
levier : mise en place d'une politique énergétique à l'échelle du continent,
soutien massif aux technologies propres dans tous les secteurs industriels (en
particulier automobile) plan global et coordonné d'économies d'énergie dans
l'habitat et le transport. Bref, comme le préconise par exemple Michel
Aglietta, un "Lisbonne vert" justifié par la situation économique et
écologique !
La seconde recommandation serait d'inviter
les gouvernements, et d'abord le nôtre, à préparer dès maintenant cette
réorientation.
La sagesse est en effet d'aller jusqu'au bout
de l'effort budgétaire engagé. Y renoncer maintenant reviendrait à en perdre le
bénéfice et à nous entraîner dans un conflit déstabilisant avec une partie de
nos partenaires européens.
Tenir jusqu'à la fin de l'année nous
permettrait au contraire de nous appuyer
sur les résultats obtenus pour justifier non un infléchissement mais
l'ouverture d'une nouvelle phase.
L'effort budgétaire annoncé est sans précédent sous la Vème
République, Il nous placera, s'il est assumé, sur un "trend" de
rétablissement progressif de l'équilibre de nos comptes tout à fait acceptable
d'ici 2020.
Aussi devra-t-il être poursuivi en l'état… mais
certainement pas aggravé : ce serait la pincée de trop. Bien au contraire, sans
rien lâcher sur le fonctionnement, devrons-nous mobiliser les outils d'une
relance par les investissements d'avenir qu'il conviendrait d'enclencher dès le
premier semestre 2014, ce qui ne sera possible que si le champ de ces dépenses
productives nouvelles est d'ores et déjà balisé.
Aussi est-on en droit d'attendre d'abord du
ministre du Redressement productif (comme de ses collègues) un travail urgent,
discret et patient pour finaliser les secteurs à aider et les vecteurs par
lesquels les financer, afin d'éviter l'improvisation comme les effets d'aubaine.
L'enjeu n'est donc pas de changer de
politique mais d'attendre suffisamment pour en engranger les bénéfices concrets
et symboliques et dégager les marges de manœuvre nécessaires pour passer à une
autre étape du redressement : la reconquête de notre capacité à préparer
l'avenir (cf. le Lisbonne vert ci dessus).
PS: En revanche, on ne peut que s'étonner du
silence qui entoure la politique de l'emploi qui est manifestement
sous-dimensionnée au regard de la vague qui submerge Pôle-emploi.
L'urgence serait sans doute de demander aux
partenaires sociaux d'anticiper leur rendez-vous sur l'assurance-chômage pour
arrêter un plan, limité certes dans le temps, mais visant à élargir
ponctuellement le champ de l'indemnisation et garantir à chacun une prise en
charge au titre de la formation pour absorber les conséquences sociales
dramatiques de la montée du chômage que le
"retour de la croissance" mettra des années à faire
disparaître. Le tout complété de mesures spécifiques pour les chômeurs de
longue durée, qui font cruellement défaut !